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Les cantines à Marseille

Depuis longtemps, à Marseille, que ce soit en matière d’effectifs, de gestion ou de maintenance, les écoles et les infrastructures municipalesliées à l’éducation, souffrent d’une pénurie criante. C’est une situation choquante, qui relève de l’urgence, et qui nécessite des choix radicalement autres, dictés par une honnête volonté politique de servir le public : la population marseillaise et en particulier les enfants.

Son nom de code : « opération limace ». Après les asticots et les chenilles, le bestiaire continue dans la restauration scolaire. Cela dit, cette fois-ci, il ne s’agit pas de la découverte inopinée de « corps étrangers » dans les assiettes des écoliers. Juste, pour les parents d’élèves, d’une invitation à ne pas se presser pour… passer à la caisse de la cantine. Bref, une grève du zèle inédite, initiée depuis hier matin par la coordination Parents 13.

À  Marseille, c’est l’usage, on paye avec un mois d’avance les repas pris à la cantine : ainsi, les familles sont appelées à régler d’ici ce jeudi les déjeuners qui seront consommés entre le 10 et le 31 mars. Un paiement anticipé que dénonce aujourd’hui la coordination de parents : « Nous avons longuement travaillé sur la question, explique Séverine Gil, pour découvrir que rien, dans le règlement de service des cantines, n’impose aux familles de payer de façon anticipée. »« Quand je réserve une table au restaurant, je paye avant de manger ? Non, je paye après le café », riposte Laurent Malfettes.

« Nous ne voulons pas virer Sodexo, mais …  » 

« Entendons-nous bien, reprend Séverine Gil, il ne s’agit pas de refuser de payer : fin mars, nous ferons nos chèques. Mais nous voulons attirer l’attention sur une pratique qui ne se justifie pas, et qui d’ailleurs n’est pas pratiquée ailleurs : à Paris, à Lyon, vous payez a posteriori et on vous donne une facture, pour que vous sachiez bien quoi ! »Laurent Malphettes : « Chaque mois, Sodexo engrange ainsi précocement 1,5 M qui seraient mieux dans la poche des parents », a-t-il calculé.

Cette démarche ne risque-t-elle pas de faire exclure des enfants de la cantine ?« Nous avons vraiment potassé le calendrier : Sodexo peut, quatre jours ouvrés après le premier repas pris, faire une relance par lettre auprès des parents. Au bout de deux semaines, elle peut en envoyer une autre, puis alerter la mairie qui a ensuite un mois pour régler la dette de la famille ou lui notifier par accusé de réception sa suspension. Cela n’arriverait donc pas avant le 30 mars : nous appelons les parents à jouer avec les délais et à payer… le 28. »

Pour les parents, il s’agit de battre le fer, après les incidents répétés à la cantine (asticots dans le riz, chenilles dans les brocolis…) : « Nous ne voulons pas virer Sodexo, mais nous réclamons de la transparence, une meilleure traçabilité de ce qui est servi à nos enfants, poursuit Séverine Gil. Pourquoi Sodexo ne rendrait-elle pas publics les résultats de ses contrôles ? Et l’audit qu’elle a réalisé (par le bureau de contrôle Silliker, NDLR), quand le verrons-nous ? »

« Les enfants ne seront pas acceptés »

Agacée, Danielle Casanova, l’adjointe aux écoles UMP riposte : « Cet audit, nous n’en avons pas encore les résultats. C’est la direction départementale de la protection des populations qui en communiquera la teneurQuant au paiement de la cantine, c’est vrai que rien ne l’impose dans notre règlement, ce n’est pas écrit en tout cas. Mais on fait ainsi depuis 30 ans ! Au prochain conseil municipal, il suffira de rajouter une ligne dans le texte et ce sera réglé… » Mais quelle sera la consigne donnée aux tatas confrontées au refus de payer des parents ? « Les enfants ne seront pas acceptés, tranche Danielle Casanova. On a un logiciel conçu sur ce système du paiement anticipé : on ne peut pas le remettre en cause d’un coup, ou cela va créer des cafouillages en série ! » À plusieurs reprises, nous avons sollicité la position de Sodexo à ce sujet, sans succès ce lundi. L’adjointe, elle, regrette d’autre part que « ces parents qui râlent ne se soient pas rendus à la dernière Commission menus, à laquelle ils sont invités. Cela me semblerait plus constructif que de faire du raffut dans la presse et sur Facebook ! »

www.operationlimace.fr


« Les vers dans le riz ? J’ai ma théorie »

 

On saura peut-être, avec les conclusions de l’audit réalisé à la cuisine centrale de Pont-de-Vivaux, ce qui a pu provoquer les incidents survenus dernièrement dans les cantines marseillaises. Mais Jean-Pierre (1), salarié de Sodexo actuellement en conflit avec son employeur, a sa « théorie » sur ce qui a « pu se passer en novembre », lors de la découverte d’asticots « vivants, disaient les enfants » dans le riz de Camargue servi dans six écoles. « J’ai expliqué cette théorie aux parents de la FCPE ainsi qu’à l’inspecteur du travail », soutient-il. Pour Jean-Pierre, le riz cuit« deux à trois jours avant à la cuisine centrale doit normalement être stocké ensuite en chambre froide dans l’attente de sa livraison dans les écoles. Les frigos étaient-ils pleins ? Je pense que le riz a finalement été mis sous film plastique et conservé dans l’épicerie de la cuisine, à une température donc plus élevée. »

« Cette épicerie, c’est un endroit où on va avoir aussi de la chapelure, des féculents… Les vers devaient y être et ils n’ont pas eu de mal à traverser le plastique et à contaminer le riz. Après, avec ces volumes, il n’est pas étonnant que personne ne se soit rendu compte de quelque chose chez Sodexo ! On parle de 50 000 repas par jour. D’autant qu’ensuite la consigne est que ce riz, livré aux cantines, doit être passé à l’étuve puis maintenu à température sur un bain-marie par les cantinières. Si le riz avait suivi ce trajet, les vers seraient morts, c’est évident ! Mais s’il n’est pas repassé à l’étuve et est seulement resté tiédir sur le bain-marie, alors oui, les vers ont pu y survivre. Je ne vois que cette explication : plusieurs dysfonctionnements, dans toute la chaîne, plutôt qu’un seul fautif. »

(1) Le prénom a été modifié. Précisons qu’il travaille sur un site Sodexo qui n’est pas Pont-de-Vivaux.

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